Qu'est-ce que la laïcité ?
La laïcité est le principe selon lequel l'État français est neutre en matière de religion. Il ne reconnaît, ne finance et ne soutient aucune religion. En retour, il garantit à chaque citoyen la liberté de croire ou de ne pas croire, et de pratiquer sa religion librement dans la sphère privée.
La laïcité repose sur trois piliers :
- Séparation de l'État et des Églises
- Neutralité de l'État vis-à-vis des religions
- Liberté de conscience et de culte pour chaque individu
Il faut distinguer deux choses souvent confondues :
- La laïcité de l'État : les institutions publiques sont neutres, les agents publics n'affichent pas leur appartenance religieuse dans l'exercice de leurs fonctions
- La laïcité dans la société : les citoyens sont libres de pratiquer leur religion, de porter des signes religieux, d'exprimer leurs convictions dans l'espace public
Origines historiques : de 1789 à 1905
La Révolution française (1789)
La laïcité trouve ses racines dans la Révolution. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 proclame la liberté de conscience et d'opinion, y compris religieuse. C'est la première rupture avec l'Ancien Régime où l'Église catholique détenait un rôle central dans l'État.
Le Concordat de 1801
Napoléon réconcilie l'État et l'Église en signant le Concordat avec le Pape Pie VII. L'État reconnaît et finance les cultes catholique, protestant et juif. Ce système perdure pendant tout le XIXe siècle, créant des tensions persistantes entre partisans d'un État laïque et défenseurs du rôle de l'Église.
Les lois Ferry (1881–1882)
Jules Ferry instaure l'école publique gratuite, laïque et obligatoire. Les crucifix sont retirés des salles de classe, les enseignants religieux remplacés par des instituteurs civils. L'école devient le principal vecteur de transmission des valeurs républicaines.
La loi de 1905 : la séparation définitive
La loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l'État est le texte fondateur de la laïcité française. Ses deux articles essentiels :
Article 1er : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes.
Article 2 : La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.
Conséquence immédiate : l'État cesse de payer les prêtres, pasteurs et rabbins. Les biens des Églises sont transférés à des associations cultuelles.
Ce que la laïcité impose et ce qu'elle permet
Ce que la laïcité interdit
Pour l'État et ses agents :
- Financer une religion (sauf exceptions historiques comme l'Alsace-Moselle, soumis au Concordat)
- Afficher une préférence religieuse dans l'exercice d'une mission de service public
- Discriminer selon la religion dans l'accès aux services publics
Pour les fonctionnaires en service :
- Porter des signes ostensibles d'appartenance religieuse (croix visible, voile, kippa) pendant leurs fonctions
Ce que la laïcité garantit
Pour tous les habitants de France :
- La liberté de croire ou de ne pas croire
- La liberté de pratiquer sa religion dans la sphère privée
- La protection contre toute discrimination religieuse
- Le droit d'afficher ses convictions religieuses dans l'espace public (sauf exceptions légales)
La laïcité dans les situations concrètes
À l'école publique
La loi du 15 mars 2004 interdit aux élèves de porter des signes ou tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. Sont concernés : le voile islamique, la grande croix, le turban sikh, la kippa.
Cette règle ne s'applique pas aux établissements privés sous contrat, ni aux universités.
Ce qui est permis à l'école : porter une petite croix ou un bracelet discret, manquer l'école pour une fête religieuse importante (avec justification), demander un repas sans porc à la cantine (dans les communes qui le proposent).
Dans les services publics
Un agent de la mairie, un fonctionnaire des impôts, un policier, un enseignant : aucun ne peut porter de signe religieux ostensible en service. En revanche, les usagers des services publics (les citoyens) ne sont soumis à aucune restriction vestimentaire pour accéder à ces services.
Dans les entreprises privées
La loi est plus nuancée. Le règlement intérieur peut prévoir des restrictions à l'expression religieuse si elles sont justifiées par la nature de l'activité (contact avec la clientèle, sécurité). Mais l'employeur ne peut pas imposer une neutralité religieuse générale sans justification.
Dans l'espace public
Porter un voile, une kippa ou une croix dans la rue, dans un supermarché, dans une gare : c'est parfaitement légal et protégé par la liberté de conscience. La laïcité ne s'applique pas aux individus dans l'espace public.
Exception : la loi du 11 octobre 2010 interdit la dissimulation du visage dans l'espace public (le "voile intégral"), pour des raisons d'ordre public et d'identification, pas de laïcité stricto sensu.
La laïcité et l'intégration républicaine
Comprendre la laïcité est essentiel pour les étrangers qui s'installent en France. Ce principe fait partie du Contrat d'Intégration Républicaine (CIR) que vous signez lors de votre premier titre de séjour.
Il figure aussi explicitement dans le test civique (NAT, CR, CSP) : plusieurs questions portent sur la définition, l'histoire et les applications de la laïcité. C'est un sujet sur lequel les candidats à la naturalisation sont souvent interrogés lors de l'entretien.
Confusion fréquentes sur la laïcité
"La laïcité interdit la religion en France" Faux. La laïcité protège la liberté religieuse. Elle interdit à l'État d'imposer ou de financer une religion — pas aux individus de pratiquer la leur.
"La laïcité s'applique à tout le monde partout" Faux. Elle s'applique principalement à l'État et à ses agents dans l'exercice de leurs fonctions. Dans la sphère privée et l'espace public, chacun est libre.
"La France est un pays anti-religion" Faux. La France est un pays de liberté religieuse. Elle compte des millions de pratiquants catholiques, musulmans, protestants, juifs, bouddhistes. Ce qui est interdit, c'est que l'État prenne parti pour l'une d'elles.
À retenir
- La laïcité = neutralité de l'État, pas interdiction de la religion
- Elle est fondée sur la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État
- Elle s'impose aux agents publics dans leurs fonctions, pas aux citoyens dans la vie quotidienne
- Elle protège la liberté de conscience et le droit de pratiquer sa religion
- Le port de signes religieux est interdit dans les écoles publiques (loi 2004) et pour les fonctionnaires en service
- Dans l'espace public et la sphère privée, la liberté religieuse est totale